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«La jeune fille est très peu connue au point de vue psychologique, quoique de mode à la scène et dans le roman, et l’adolescente tout à fait méconnue». Cette constatation formulée à la veille de la première Guerre mondiale par une pionnière des études de l’adolescence, notion encore récente à cette époque, éclaire ce qui sera notre point de départ (Marguerite Évard, 1914). Si la période qui s’étend en France de la fin-de-siècle à l’entre-deux-guerres apprend à connaître la jeune fille malgré son identité incertaine et si celle-ci apprend à se connaître elle-même comme à acquérir un certain savoir des autres et du monde, c’est en effet d’abord par le biais de la littérature. Cette dernière – pour l’essentiel : le roman – supplée de bien des façons les lacunes délibérées d’une éducation pensée en fonction de schémas préconçus et destinée à modeler la réalité dans l’espoir qu’elle s’y conformera.

Le roman s’est trouvé depuis toujours dénoncé parce qu’il pervertirait l’imaginaire féminin. Il le fait en effet, mais cette supposée perversion est aussi bien cognition : il oppose une forme d’apprentissage par la fiction à l’éducation parle discours autorisé. Emma Bovary se perd sans doute mais elle n’aura pas tout à fait perdu son temps en explorant des mondes inconnus. La Marquise de Sade chez Rachilde,une génération plus tard, puis l’Albertine de Proust, posséderont des savoirs autrement plus étendus et bien plus subversifs. D’où viennent les savoirs des femmes (jeunes filles devenant jeunes femmes) ? Quelle forme prennent-ils ? Avec quels effets ? La jeune fille et la jeune femme, objets de fiction à l’identité imprécise, peuvent-elles devenir sujets d’une connaissance nouvelle?

Le flirt, inquiétante importation américaine, bouleverse les codes et les mœurs pendant toute la période fin-de-siècle et la littérature comme l’illustration en font un objet privilégié mais ambigu avec des personnages de jeunes filles à la fois modèles d’émancipation et victimes potentielles de nouveaux dangers. De nouveaux savoirs ouvrent sur un nouvel Inconnu et de nouvelles séductions. Tout un champ se découvre ainsi, entre les extrêmes que restent les manuels de  civilité puérile et honnête et les mystères interdits des curiosa.


Michel Pierssens (Université de Montréal, dir.)
Andrea Oberhuber (Université de Montréal, coll.)
Sophie Pelletier (UQAM, coll.)
Virginie Pouzet-Duzer (Pomona College, coll.)
Véronique Cnockaert (UQAM, chercheur associée)
Cosmin Popovici-Toma (Université de Montréal, coord.)

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